Dans l’ombre des joutes politiques, un peuple saigne.
La province de la Tshopo, riche de son histoire, de ses ressources et de son potentiel humain, est une fois de plus prise en otage par une crise institutionnelle dont les véritables bénéficiaires ne sont certainement pas ceux qui la subissent au quotidien.

Depuis quelques semaines, l’organe délibérant et l’exécutif provincial se livrent à une guerre d’influence aux allures d’un feuilleton politique à rebondissements.

L’Assemblée provinciale est censée jouer un rôle de contre-pouvoir constructif. Le gouverneur, lui, accusé d’inefficacité par une partie des élus, se défend tant bien que mal, pendant que sa province s’enlise dans l’attente.

Un climat vicié

La récente sortie médiatique du président de l’Assemblée provinciale, Mateus Kanga, à la veille d’une pétition initiée contre lui et son bureau, n’a fait qu’exposer au grand jour la fracture profonde entre les deux institutions.

D’un autre côté, huit députés signent une motion de défiance contre le gouverneur Paulin Lendongolia. Deux actes en apparence distincts, mais qui révèlent la même chose : une guerre des tranchées entre des élites politiques qui ne regardent plus dans la direction du peuple.

Dans ce duel, Kinshasa intervient et convoque les parties en conflit. Consultation, médiation, ou arbitrage politique ? Peu importe l’étiquette, le fait est là : la gestion de la crise échappe aux Tshopolais eux-mêmes. Et cela pose problème.

La voix de la rue contre les silences du pouvoir

Face à cette tension, des jeunes issus de groupes de pression et des motards ont élevé la voix.
Dans un mémorandum adressé au Président de la République, ils dénoncent la manipulation de certains députés par des mains invisibles, qu’ils attribuent à des figures politiques de Kinshasa. Une accusation lourde de sens, qui illustre à quel point la crise locale serait aussi alimentée par des intérêts nationaux.

Mais alors, à qui profite la crise ?

Certainement pas à la population de la Tshopo.
Elle, qui manque d’eau, d’électricité, d’écoles bien équipées, de routes praticables et d’emplois pour sa jeunesse, observe impuissante la bataille de ceux censés travailler à son épanouissement. Chaque heure de tension institutionnelle est une heure perdue pour le développement.

Et si la vérité était que cette crise profite à tous ceux qui vivent du chaos ?
A ceux qui veulent une province affaiblie pour mieux la contrôler.
A ceux qui rêvent d’installer leurs pions dans les prochaines joutes électorales.
A ceux qui, loin des projecteurs, tirent les ficelles pour maintenir l’instabilité et détourner l’attention des vrais problèmes : pauvreté, insécurité, corruption.

La Tshopo mérite mieux.

Elle mérite des institutions fonctionnelles, en harmonie, engagées pour le progrès. Aujourd’hui, plus que jamais, le peuple observe. Il écoute. Il évalue. Et demain, il jugera.

Jusqu’à quand la Tshopo sera-t-elle victime de ceux qui parlent en son nom, sans porter son fardeau ?
La réponse viendra peut-être le jour où le pouvoir cessera d’être un champ de bataille et redeviendra un outil de service public.
La crise de trop ? Oui. A condition qu’elle éveille enfin les consciences.

 

Jean-Claude FUNDI ASSUMANI

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