Dans la troisième partie de sa tribune consacrée au Pacte de Méritocratie Politique par un Renouveau Technocrate, Patriotique et Nationaliste, le sénateur Jean Bamanisa Saïdi quitte le terrain des principes pour formuler une série de mesures qu’il estime applicables sans attendre une nouvelle architecture institutionnelle.

Son approche repose sur une idée centrale : la RDC dispose déjà d’une partie des instruments juridiques nécessaires. Le problème se situe moins dans l’absence de textes que dans leur application, leur contrôle et la manière dont les responsabilités publiques sont attribuées.

« Toutes peuvent être engagées avant la fin de l’exercice budgétaire en cours », soutient-il, en appelant à une « analyse disciplinée » des textes existants, à l’adoption de nouvelles dispositions lorsque cela s’impose et à la modification de celles qui doivent l’être.

Huit réformes pour changer les pratiques

La première réforme concerne les nominations publiques. Jean Bamanisa Saïdi propose de généraliser les concours ouverts, avec des commissions indépendantes associant experts sectoriels et société civile. Il demande également la publication préalable des critères de compétence et, après sélection, du procès-verbal des décisions.

Cette logique devrait, selon lui, s’étendre aux cabinets ministériels, avec une révision du décret n°22/10 du 4 mars 2022, des plafonds réellement contraignants, des profils de compétence pour les fonctions de conception et la publication des listes nominatives.

La deuxième porte sur la commande publique. Le sénateur plaide pour la publication en ligne des marchés publics, depuis les avis jusqu’aux rapports d’exécution, en passant par les montants, les attributaires et les avenants. Il demande aussi un recours effectif à l’appel d’offres ouvert, un renforcement des moyens de l’Autorité de régulation des marchés publics et l’application des mercuriales.

Troisième chantier : faire effectivement vivre le Code de conduite de l’agent public de l’État, issu du décret-loi n°017/2002 du 3 octobre 2002. Pour lui, ce texte doit être enseigné, affiché, signé lors de la prise de fonction et pouvoir être invoqué devant les juridictions.

La quatrième réforme consiste à contractualiser les résultats. Chaque ministre, gouverneur ou mandataire devrait disposer d’une lettre de mission assortie d’indicateurs mesurables et rendre compte publiquement de son action. L’Inspection générale des finances aurait un rôle de contrôle dans ce dispositif.

Jean Bamanisa Saïdi insiste également sur la formation de la relève, avec des écoles spécialisées dans des secteurs tels que l’agronomie, l’urbanisme, le génie civil, les finances publiques et la négociation des contrats.

Il place ensuite la protection des lanceurs d’alerte et l’indépendance de la justice au cœur de son dispositif. Sans protection pour ceux qui dénoncent les abus et sans possibilité réelle de sanctionner les responsables, estime-t-il, le cycle de l’impunité restera intact.

La septième proposition concerne directement les partis politiques. Le sénateur appelle à modifier les mécanismes d’affiliation et de promotion interne afin que l’expertise puisse primer sur la flagornerie et la proximité politique.

Enfin, il demande l’adoption d’une loi sur la protection, la promotion et l’utilisation de l’expertise et des compétences nationales. Celle-ci devrait notamment créer un registre national des experts, permettre la validation des acquis de l’expérience, favoriser les compétences nationales et celles de la diaspora et interdire les désignations fondées sur l’appartenance politique, l’origine ou la parenté.

Un pacte pour rendre les engagements vérifiables

Pour Jean Bamanisa Saïdi, ces réformes ne pourront pas reposer uniquement sur la bonne volonté des dirigeants. Elles doivent faire l’objet d’un engagement politique clair.

Son Pacte de Méritocratie Politique repose ainsi sur quatre engagements : renoncer aux nominations partisanes et aux sabotages institutionnels, installer des mécanismes patriotiques de gestion des ressources et de l’administration, rendre les résultats vérifiables et produire des bénéfices concrets pour l’économie et la sécurité du pays.

Il insiste sur la nécessité d’une règle applicable à tous, majorité comme opposition. « Nul ne peut exiger du pouvoir une vertu qu’il n’appliquera pas lui-même le jour où il l’exercera », écrit-il.

Le sénateur veut notamment que les nominations et les marchés soient transparents et qu’une évaluation publique annuelle permette de mesurer les engagements pris.

La méritocratie au cœur du futur dialogue national

C’est sur le terrain de la refondation de l’État que la proposition prend une dimension politique plus large.

Jean Bamanisa Saïdi relie son plaidoyer au dialogue national inclusif annoncé dans le contexte politique de juillet 2026. À ses yeux, les discussions sur la Constitution, la justice, la défense, les ressources naturelles, le système électoral, l’organisation territoriale ou encore le modèle économique resteront incomplètes si elles ne s’attaquent pas à une question fondamentale : qui dirige l’État, selon quels critères et avec quels résultats attendus ?

Sa démonstration est simple : une nouvelle Constitution devra être appliquée par des responsables administratifs compétents ; une réforme de la défense nécessitera des gestionnaires capables ; la traçabilité des ressources naturelles exigera des inspecteurs indépendants ; un nouveau système électoral devra être administré par des personnes recrutées sur la compétence.

Il demande donc l’inscription d’un chantier spécifique consacré à « Gouvernance, méritocratie et redevabilité ».

Cinq questions devraient, selon lui, structurer ce chantier : qui nomme et selon quelle procédure ? Sur quels critères ? Contre quels résultats ? Avec quelles sanctions ? Et avec quelle continuité juridique ?

Sur ce dernier point, il propose que les décisions issues des assises soient transformées en projets ou propositions de loi dans les trente jours suivant leur clôture.

« Le mérite n’est pas une composante politique »

Le sénateur met aussi en garde contre une reproduction des mécanismes qu’il entend précisément combattre. Si les assises doivent être resserrées, les experts doivent y participer en raison de leur compétence et non en fonction de quotas politiques.

Il refuse également que le dialogue devienne un système de récompense pour les acteurs capables de peser par la force. Son avertissement est direct : ouvrir la table ne doit pas signifier transformer l’accès aux institutions en récompense pour ceux qui ont pris les armes ou occupé une partie du territoire.

Pour lui, la refondation ne peut produire des résultats durables que si elle s’accompagne d’une nouvelle culture de responsabilité publique.

Une République qui dispose déjà de ses compétences

La dernière partie de la tribune revient sur un constat qui constitue le fil conducteur de sa démarche : la RDC ne manque pas de compétences.

Ingénieurs, géomètres, urbanistes, architectes, agronomes, vétérinaires, nutritionnistes, géologues, fiscalistes, juristes, économistes, statisticiens, logisticiens, forestiers, informaticiens et gestionnaires de données figurent, selon lui, parmi les ressources humaines dont le pays dispose déjà.

À ces compétences s’ajoutent les jeunes professionnels, les cadres expérimentés et une diaspora que le sénateur considère prête à contribuer davantage au développement national.

Le problème, dans son analyse, n’est donc pas de chercher ailleurs ce que la République possède déjà. Il consiste à créer les conditions permettant à ces compétences d’accéder aux responsabilités et de travailler dans un cadre fondé sur des critères transparents.

La tribune, dont une première version avait été rédigée le 16 novembre 2025, revient ainsi à son idée maîtresse : la nomination à une fonction publique ne doit pas être une récompense politique, mais un contrat fondé sur la compétence et les résultats.

Jean Bamanisa Saïdi invite les responsables politiques, les opérateurs économiques, la société civile et les technocrates à adhérer à ce Pacte de Méritocratie Politique. Sa formule finale résume son projet : la RDC possède les ressources humaines nécessaires à son développement ; elle doit désormais choisir de les placer au service de l’État.

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