
Depuis plusieurs semaines, la réhabilitation de la route Kisangani–Ubundu alimente une polémique qui dépasse largement la question du chantier. L’intervention du Maniema et du Nord-Kivu est notamment présentée par certains comme la preuve que la Tshopo aurait perdu la main sur un projet qui la concerne directement.
Pourtant, les documents et les faits avancés par la partie provinciale racontent une autre histoire.
Le contrat de réhabilitation, dont la page de garde doit être rendue publique, désigne clairement la Province de la Tshopo, représentée par son gouverneur Paulin Lendongolia Lebabonga, comme partie contractante. Le Gouvernement central avait, à la signature du contrat, transféré à l’entreprise l’équivalent de 30 % du montant global afin de permettre le démarrage des travaux. Ceux-ci avaient effectivement commencé.
Dès lors, une question mérite d’être posée à ceux qui contestent la responsabilité de la Tshopo : quel document établit le contraire ?
Critiquer est un droit. Prouver est un devoir.
La controverse repose notamment sur l’appui apporté au chantier par les provinces voisines.
Mais depuis quand la solidarité entre provinces signifie-t-elle le transfert automatique de la responsabilité d’un projet ?
Le Maniema peut apporter son concours. Le Nord-Kivu peut fournir un appui logistique. Cela ne signifie pas que la Tshopo aurait abandonné le projet ou que son gouverneur en aurait perdu la responsabilité contractuelle.
C’est précisément la position défendue par Michel Byambe, porte-parole de Paulin Lendongolia : la solidarité interprovinciale n’efface pas la paternité contractuelle du projet.
La logique est plutôt simple : lorsqu’un responsable obtient de ses collègues un appui permettant à un chantier stratégique de continuer, faut-il y voir une faiblesse ou une capacité à mobiliser les énergies ?
Le choix de Paulin Lendongolia est assumé : maintenir l’élan des travaux tout en poursuivant les démarches nécessaires à la mobilisation du financement complémentaire au niveau national.
Et les accusations de détournement ?
Là encore, le débat devrait revenir aux documents.
Une accusation de détournement n’est pas une preuve de détournement. Elle appelle des éléments comptables, administratifs ou judiciaires permettant de l’établir.
La tribune Michel Byambe, porte-parole du gouverneur affirme qu’aucun fonds destiné à la réhabilitation de cette route n’a été détourné et que le premier financement a été effectivement utilisé dans la phase initiale des travaux, avec des traces documentées.
Si des éléments démontrent le contraire, ils doivent être produits devant les instances compétentes.
Si quelqu’un affirme que la Tshopo n’est pas le maître d’ouvrage, qu’il produise le contrat.
Si quelqu’un soutient que les fonds ont été mal utilisés, qu’il produise les pièces comptables.
Si quelqu’un affirme que le gouverneur ne travaille pas à la mobilisation du financement complémentaire, qu’il apporte les éléments permettant de l’établir.
La politique peut être bruyante. Les documents, eux, sont beaucoup moins bavards.
Faut-il refuser l’aide du Maniema et du Nord-Kivu ?
Ce serait une conception pour le moins curieuse de l’action publique.
La route Kisangani–Ubundu ne concerne pas uniquement Kisangani. Elle touche des intérêts économiques et humains qui dépassent les frontières administratives de la Tshopo. Le porte-parole du gouverneur présente ainsi la coopération avec le Maniema et le Nord-Kivu comme une démarche destinée à maintenir les travaux pendant la recherche du financement complémentaire.
On peut contester cette stratégie. On peut demander davantage de transparence. On peut exiger des comptes.
Mais transformer automatiquement cette coopération en « dépossession » de la Tshopo nécessite des preuves.
À défaut, on ne fait que déplacer le débat du chantier vers la bataille politique.
Le contrôle politique oui, les insinuations non.
Paulin Lendongolia n’est pas au-dessus de la critique.
Comme tout responsable public, il peut être interrogé sur sa gestion, ses choix et ses résultats. Les élus ont le droit et le devoir de contrôler l’action publique dans le respect de leurs compétences.
Mais ce contrôle exige une chose : la matérialité des faits. C’est précisément ce que rappelle la mise au point du porte-parole du gouverneur.
Il ne suffit donc pas d’affirmer.
Il faut démontrer.
Il ne suffit pas de publier.
Il faut documenter.
Il ne suffit pas d’accuser.
Il faut produire les pièces.
La route doit rapprocher les provinces, pas leurs querelles.
La Tshopo n’a aucun intérêt à transformer Kisangani–Ubundu en champ de bataille entre dirigeants provinciaux.
Le Maniema n’a rien à gagner d’un conflit avec la Tshopo. Le Nord-Kivu non plus.
Une route qui doit rapprocher les populations et faciliter les échanges économiques ne devrait pas devenir un instrument de division politique.
C’est justement l’approche interprovinciale revendiquée par Paulin Lendongolia. La tribune annonce d’ailleurs des échanges avec la Tshuapa, le Haut-Uélé, la Mongala et le Bas-Uélé autour de projets communs.
La question centrale devrait donc être ailleurs :
Qui a signé le contrat ? Qui finance ? Combien a été décaissé ? Combien a été exécuté ? Qui assure l’exécution ? Quel financement complémentaire manque ? Où en sont les travaux ?
Voilà le débat qui intéresse réellement les habitants de la Tshopo.
Le reste risque de n’être qu’une bataille de communication.
Et une route ne devient pas la propriété politique de celui qui parle le plus fort à son sujet.

