À Kinshasa, le sénateur ouvre un nouveau front dans le débat sur la gouvernance publique en République démocratique du Congo. Dans une tribune signée le 4 août 2026, l’ancien gouverneur de l’ancienne Province Orientale et de l’Ituri défend un « Pacte de Méritocratie Politique par un Renouveau Technocrate, Patriotique et Nationaliste ».

Intitulée « RDC : le mérite ou rien. Pour une gouvernance confiée à des technocrates honnêtes, respectueux du code d’éthique et tenus aux résultats », cette tribune propose de placer la compétence, l’intégrité et l’obligation de résultats au cœur de la sélection des responsables publics.

Le sénateur présente sa réflexion comme le fruit d’un travail entamé le 16 novembre 2025 et progressivement enrichi au regard des évolutions politiques récentes. Son diagnostic est sans détour : la RDC dispose de ressources considérables et de compétences nationales, mais continue de perdre en efficacité lorsque l’accès aux responsabilités dépend davantage de l’appartenance politique que des qualifications.

Bamanisa veut tourner la page des « composantes »

Au cœur de son argumentaire, Jean Bamanisa Saïdi s’attaque au système de répartition des responsabilités publiques entre partis, regroupements et différentes composantes politiques.

Selon lui, ce mécanisme a progressivement installé une logique dans laquelle les postes deviennent des récompenses politiques plutôt que des fonctions confiées à des professionnels capables d’obtenir des résultats.

Le sénateur décrit ainsi un État où certains responsables doivent leur nomination moins à leur parcours professionnel, à leurs compétences ou à leur expérience qu’à leur proximité avec des réseaux politiques. Pour lui, cette logique affaiblit la responsabilité des gestionnaires publics et favorise une gestion de court terme.

Son interrogation est politique autant qu’institutionnelle : comment exiger des résultats d’un responsable choisi principalement pour sa loyauté envers celui qui l’a nommé ?

Le concours comme première rupture

Jean Bamanisa Saïdi estime que certains changements intervenus en 2026 peuvent constituer les premiers signes d’une évolution.

Il cite notamment les nominations intervenues le 23 février 2026 dans plusieurs entreprises publiques, dont la Gécamines, la SAKIMA, la SOKIMO, l’ARE et la RVA, qu’il présente comme un mouvement s’éloignant progressivement de la logique des quotas politiques.

Il relève surtout l’initiative du ministère du Portefeuille qui, en application de l’arrêté ministériel n°001/CAB/MIN.PF/JS/2026 du 11 avril 2026, a lancé le 30 juillet un processus de sélection par concours pour la désignation des dirigeants de quinze entreprises publiques.

Pour le sénateur, cette différence est fondamentale : une nomination discrétionnaire dépend de la volonté de celui qui décide, tandis qu’une procédure de sélection crée des règles auxquelles les acteurs doivent se conformer.

Il considère cette évolution comme « la première brèche sérieuse dans le mur du clientélisme depuis 2007 », tout en rappelant qu’une tentative similaire d’appel à candidatures avait déjà été engagée avant d’être abandonnée.

Le paradoxe des cabinets ministériels

La tribune s’attarde ensuite sur le fonctionnement des cabinets ministériels.

Jean Bamanisa Saïdi s’appuie notamment sur le décret n°22/10 du 4 mars 2022 portant organisation et fonctionnement des cabinets ministériels. Il relève que le texte permet aux membres d’un cabinet d’être choisis librement, sans instaurer une procédure générale d’appel à candidatures ou un mécanisme systématique d’évaluation des compétences.

Il met cette disposition en parallèle avec les règles applicables à certains établissements publics, où le recrutement peut se faire par appel à candidatures.

Pour le sénateur, ce contraste révèle une faiblesse du système : les exigences de compétence et de transparence peuvent être fortes lorsqu’il s’agit de recruter un agent public, mais beaucoup plus limitées lorsqu’il s’agit de désigner les collaborateurs directs d’un responsable politique.

La composition des cabinets constitue également, selon lui, un autre terrain où la logique des quotas peut s’installer. Il cite notamment la possibilité accordée au vice-ministre de désigner une partie des membres de son cabinet.

Bamanisa Saïdi s’intéresse aussi au coût financier des changements politiques. Les indemnités de sortie prévues pour les membres des cabinets deviennent, dans son analyse, un autre effet du renouvellement fréquent des équipes gouvernementales.

Sa formule est volontairement incisive : « La chaise musicale n’est pas seulement une faute de gestion : c’est une ligne budgétaire. »

Faire de la compétence une règle, pas une faveur

Au-delà de la dénonciation du clientélisme, la tribune porte une proposition politique : inscrire durablement la méritocratie dans le fonctionnement de l’État.

Pour Jean Bamanisa Saïdi, la réforme ne peut pas reposer uniquement sur la volonté ponctuelle d’un président, d’un ministre ou d’une administration. Une pratique administrative instaurée par une simple décision peut être abandonnée par celui qui lui succède.

C’est précisément pour cette raison qu’il rattache son « Pacte de Méritocratie Politique » à sa proposition de loi portant protection, promotion et utilisation de l’expertise et des compétences nationales en République démocratique du Congo.

Le sénateur veut ainsi faire passer le débat d’une simple question de bonnes pratiques à une véritable réforme du cadre juridique.

Son message tient en une ligne : la compétence ne doit plus être une faveur accordée par le pouvoir ; elle doit devenir une exigence pour accéder à la responsabilité publique.

Dans cette première partie de sa tribune, Jean Bamanisa Saïdi pose donc le diagnostic et identifie le principal verrou : le poids persistant du clientélisme dans la sélection des responsables de l’État. La suite de son « Pacte » devrait préciser les mécanismes institutionnels et les réformes qu’il propose pour transformer cette exigence de mérite en règle durable de gouvernance.

 

 

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