À neuf jours de l’échéance, la polémique sur l’interdiction des baleinières en bois s’invite à l’Assemblée nationale. Le député national Trésor Limengo Ikolonga a adressé une question écrite au Vice-Premier ministre, ministre des Transports, Voies de communication et Désenclavement, Jean-Pierre Bemba. Il lui demande des « réponses claires » sur les conséquences socioéconomiques de la mesure et sur les alternatives prévues.

Le texte vise la lettre n° VPM/MTVCD/CAB/KNA/1985/2026 du 6 octobre 2026. Selon une correspondance officielle du ministère des Transports, le gouvernement interdit la navigation des baleinières en bois sur les fleuves, cours d’eau et lacs du pays à compter du 15 novembre. La Police nationale et la Force navale sont chargées d’intercepter, et le cas échéant de saisir, les embarcations trouvées en navigation.

Le ministre Jean-Pierre Bemba justifie sa décision par la sécurité. Il déplore la persistance de violations des règles de sécurité, avec des pertes en vies humaines et des dommages matériels considérables. Le bilan est lourd : au moins 98 morts depuis janvier.

Dans sa question, l’élu de Kisangani reconnaît la nécessité de renforcer la sécurité fluviale et de protéger les vies humaines. Il s’inquiète toutefois de l’impact sur la mobilité des populations, le transport des marchandises et l’économie de provinces dépendantes du fleuve : Tshopo, Maniema, Mongala, Équateur, Mai-Ndombe, Sankuru, ex-Bandundu, Ituri.

La question principale porte sur les mesures d’incitation mises en place par le Gouvernement pour aider les privés à acquérir des navires appropriés.

Cinq questions subsidiaires suivent :

– Une évaluation préalable des conséquences socioéconomiques a-t-elle été réalisée, « oui ou non » ?

Sinon, comment garantir la libre circulation des personnes et des biens ?

– Quelles dispositions concrètes assurent la disponibilité de navires et de baleinières métalliques avant le 15 novembre ?

– Qu’est-il prévu à ce jour pour l’acquisition de navires ?

– Pourquoi ne pas commencer par la sensibilisation, la formation des armateurs et l’acquisition d’embarcations métalliques ?

– Trois navires seulement sont inscrits au projet de loi de finances 2027. Cela peut-il répondre aux besoins réels de la population ?

Le député Trésor Limengo n’est pas isolé. L’Assemblée provinciale de la Tshopo a saisi le ministre et sollicité un moratoire. L’un de ses élus propose de maintenir l’interdiction du transport de personnes, mais d’accorder au moins douze mois pour que les baleinières en bois continuent de transporter des marchandises, sous réserve du respect strict des exigences techniques. Il estime qu’une application immédiate risque d’affecter les populations des zones difficiles d’accès, où ces embarcations restent souvent le principal moyen de transport.

Du côté de l’exécutif, le ton est ferme. « Il n’y aura plus de navigation des baleinières en bois à partir du 15 novembre », a déclaré Jean-Pierre Bemba. Le ministère rappelle aussi que la mesure s’inscrit dans une stratégie plus large : le ministère avait déjà interdit la fabrication de ces embarcations et annoncé leur remplacement progressif par des péniches métalliques. Un projet pilote d’éradication des baleinières en bois était annoncé comme opérationnel dès août 2026.

D’ici là, armateurs, passagers et commerçants des provinces fluviales attendent de savoir ce qui les attend le 15 novembre.

Ci-dessous la question écrite:

En ma qualité de Député national, je suis saisi de nombreuses préoccupations exprimées par les armateurs et différents acteurs du secteur du transport fluvial, à la suite de votre instruction contenue dans la lettre n° VPM/MTVCD/CAB/KNA/1985/2026 du 6 octobre 2026, portant interdiction formelle de la navigation des baleinières en bois sur le fleuve Congo, ses affluents, les autres cours d’eau ainsi que les lacs à compter du 15 novembre 2026.

Tout en reconnaissant la nécessité de renforcer la sécurité de la navigation fluviale et de protéger les vies humaines, cette mesure suscite néanmoins des interrogations quant à ses conséquences sur la mobilité de la population, le transport des marchandises et les activités économiques des provinces dont les échanges dépendent essentiellement de ce moyen de transport.

Face à cette réalité inquiétante, et dans le souci d’éclairer la Représentation nationale que nous sommes, sur les motivations, les modalités d’application et les mesures d’accompagnement envisagées par votre ministère, je vous prie de bien vouloir apporter des réponses aux préoccupations suivantes :

A cet effet, voici la question principale :

Plus d’une décennie, la population congolaise circule sur le fleuve Congo, cours d’eau, ses influents et lacs avec des baleinières en bois principalement pour les activités commerciales, déplacement des personnes avec leurs biens. Toutes les activités économiques pour les provinces telles que la TSHOPO, MANIEMA, MONGALA, EQUATEUR, MAI NDOMBE, SANKURU, BANDUNDU, ITURI… sont basées sur la voie fluviale soit maritime.

Quelles sont des mesures d’incitations que le Gouvernement a mises en place pour favoriser les navires appropriés par les privés en vue de fluidifier et sécuriser la navigation fluviale ?

Questions subsidiaires :

1. Avez-vous procédé à une évaluation préalable des conséquences socioéconomiques qui pourront surgir si votre décision est maintenue sur la circulation de la population dans des milieux qui dépendent directement de ces baleinières en bois pour manque des baleinières métalliques ? OUI ou NON ? Si oui, lesquelles ? Si non, comment allez-vous faire pour garantir la libre circulation de la population avec leurs biens dans des Provinces concernées ?

2. Quelles sont les dispositions concrètes que votre ministère a-t-il prises pour assurer la disponibilité des navires et des baleinières métalliques avant l’entrée en vigueur de cette interdiction, prévue pour le 15 Novembre 2026 ?

3. À ce jour, qu’est-ce qui est prévu pour l’acquisition des navires ?

4. Pourquoi votre Ministère ne commence-t-il pas par la sensibilisation, formation des armateurs, acquisition des navires et baleinières métalliques avant de prendre cette grande décision qui risque de mettre par terre l’économie de certaines Provinces qui dépendent encore jusqu’à ce jour des baleinières en bois faute des moyens ?

5. Dans le Projet des lois des finances 2027, le Gouvernement de la République a prévu l’acquisition de 3 navires seulement. Pensez-vous que ces trois navires peuvent faire face au besoin réel de la population ?

Excellence Monsieur le Vice-Premier Ministre, Ministre, voici quelques préoccupations qui attendent de vous des réponses claires pour dissiper le malentendu.

Honorable LIMENGO IKOLONGA Trésor

Député National

 

 

 

 

Laisser une réponse