Invité de l’émission « Dialogue entre Congolais » sur Radio Okapi le mercredi 10 juin 2026, consacrée à la proposition de loi portant organisation du référendum en République démocratique du Congo, le député national Patrick Matata Makalamba, élu de Kisangani et cadre de l’UDPS/Tshisekedi, a vivement défendu ce texte déjà adopté par l’Assemblée nationale et transmis au Sénat.

Au cœur de son argumentaire : la souveraineté populaire. S’appuyant sur l’article 5 de la Constitution de la République démocratique du Congo, l’élu a rappelé que le peuple demeure le détenteur exclusif du pouvoir et peut l’exercer directement à travers le référendum. Pour lui, la loi en discussion ne constitue pas une rupture institutionnelle, mais un encadrement juridique d’un droit déjà constitutionnellement reconnu.

Pour Patrick Matata Makalamba, cette initiative législative s’inscrit dans une logique de consolidation démocratique. Le référendum, a-t-il insisté, doit être compris comme un instrument permettant aux citoyens de se prononcer directement sur des choix engageant l’avenir du pays.

Dans un contexte politique souvent marqué par la méfiance entre acteurs institutionnels, le député estime que cette réforme pourrait contribuer à renforcer la légitimité des grandes décisions nationales, à condition qu’elle soit correctement encadrée et comprise.

Face aux inquiétudes exprimées par certains acteurs politiques et de la société civile, l’élu de Kisangani rejette toute lecture alarmiste du texte. Il affirme que la proposition de loi établit un cadre clair, démocratique et sécurisé pour toute consultation populaire d’envergure.

Selon lui, parler de dérive anticonstitutionnelle relève d’une mauvaise interprétation ou d’une instrumentalisation du débat juridique. L’essentiel, insiste-t-il, est de garantir que toute évolution institutionnelle éventuelle demeure l’expression directe de la volonté populaire.

Au-delà du seul cadre juridique, le député appelle à une réflexion nationale sur le fonctionnement des institutions après près de deux décennies d’application de la Constitution actuelle. Il estime que la République démocratique du Congo doit se donner le courage d’évaluer les limites du système en place.

Pour lui, cette démarche ne vise pas à fragiliser les acquis institutionnels, mais à identifier les réformes susceptibles d’améliorer la gouvernance, la stabilité politique et la performance économique du pays.

S’appuyant sur la théorie du philosophe des sciences Thomas Kuhn, Patrick Matata Makalamba défend l’idée d’un « changement de paradigme » lorsque les systèmes existants ne parviennent plus à répondre aux défis structurels.

Dans son analyse, les difficultés persistantes pauvreté, dysfonctionnements institutionnels, inefficacité des politiques publiques imposent une remise en question profonde des outils de gouvernance. Le référendum apparaît alors, selon lui, comme un mécanisme permettant d’ouvrir ce débat à l’échelle nationale.

Abordant la situation sécuritaire dans l’Est du pays, le député reconnaît la gravité des défis en cours, mais refuse l’idée que ceux-ci devraient paralyser toute réflexion sur les réformes institutionnelles.

Pour lui, urgence sécuritaire et réflexion constitutionnelle ne sont pas incompatibles. Au contraire, une meilleure organisation de l’État pourrait contribuer à renforcer durablement la stabilité du pays.

Parmi les propositions mises en avant, l’une des plus marquantes concerne la composition d’une éventuelle Assemblée constituante. Le député plaide pour une inclusion élargie des forces politiques et territoriales.

Aux côtés des députés nationaux et sénateurs, il propose d’intégrer les députés provinciaux, les gouverneurs, les vice-gouverneurs ainsi que les conseillers municipaux, afin de garantir une représentation plus large des réalités locales de la République démocratique du Congo.

Alors que la proposition de loi poursuit son parcours législatif au Sénat, le débat sur le référendum s’annonce déjà comme l’un des dossiers politiques majeurs des mois à venir. Entre défense de la souveraineté populaire et inquiétudes sur les équilibres institutionnels, la discussion reste ouverte et hautement sensible.

Dans ce contexte, les positions de Patrick Matata Makalamba traduisent une ligne claire : faire du peuple l’acteur central de toute évolution institutionnelle, quitte à raviver un débat constitutionnel de grande ampleur au sein de la classe politique congolaise.

 

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