
Pour le président national de la Corporation des urbanistes congolais, la qualité d’une ville dépend directement de la compétence de ceux qui la planifient, la construisent, la contrôlent et la gouvernent. Une prise de position qui replace les métiers de la ville au centre du débat sur l’avenir urbain de la RDC.
Une route, un quartier, un réseau d’assainissement ou une nouvelle zone d’habitation ne sont jamais des ouvrages isolés. Ensemble, ils façonnent une ville et déterminent, parfois pour plusieurs générations, la manière dont ses habitants circulent, se logent et accèdent aux services essentiels.
C’est sur cette responsabilité que l’urbaniste Joël Kyana Basila attire l’attention : « On ne peut pas fabriquer une ville durable avec des méthodes improvisées ni avec des acteurs qui ne maîtrisent pas les métiers de la ville. » Pour lui, « la qualité de la ville dépend aussi de la qualité de ceux qui la planifient, la construisent, la contrôlent et la gouvernent ».
Cette position s’inscrit dans une ligne qu’il défend publiquement depuis plusieurs années. Urbaniste, enseignant à l’Institut supérieur d’architecture et d’urbanisme et président national de la Corporation des urbanistes congolais, il intervient régulièrement dans les débats sur l’aménagement des villes congolaises.
À l’Expo Béton 2025, il martelait déjà un principe : planifier l’espace avant de l’occuper. Il rappelait que des quartiers de Kinshasa comme Lemba, Salongo ou la cité Maman Mobutu avaient été planifiés avant leur occupation, contrairement à de nombreuses extensions urbaines contemporaines.
L’enjeu dépasse largement l’esthétique. Il touche à la localisation des habitations, aux voiries, à l’assainissement, aux équipements collectifs, à la mobilité, à la gestion foncière et à la prévention des risques.
La capitale congolaise donne à ce débat une dimension concrète. Après les fortes pluies d’avril 2025, les autorités ont fait état d’au moins 33 morts à la suite d’inondations et d’érosions. Constructions anarchiques, occupation de zones exposées et défaillances du drainage figuraient parmi les facteurs évoqués publiquement.
Joël Kyana Basila avait alors souligné que les opérations ponctuelles de curage ne pouvaient constituer, à elles seules, une réponse durable. Il plaidait pour la planification, le respect des normes, la maîtrise de l’occupation des zones à risque et l’application des instruments existants, notamment le Schéma d’orientation stratégique de l’agglomération kinoise (SOSAK).
Son message porte moins sur un ouvrage précis que sur la chaîne de compétences qui fabrique la ville : planification, conception, construction, contrôle et gouvernance.
Urbanistes, architectes, ingénieurs, géomètres, spécialistes des réseaux et responsables publics interviennent à des niveaux différents d’un même système. Lorsque cette chaîne fonctionne sans coordination ou sans compétences adaptées, les conséquences s’inscrivent durablement dans l’espace urbain.
Telle est la portée de l’interpellation de Joël Kyana Basila : la ville durable n’est pas qu’une affaire de béton ou de grands chantiers. Elle commence par la planification, la compétence professionnelle, le contrôle et une gouvernance capable de transformer les plans en réalisations cohérentes.