La société civile congolaise hausse le ton. Dans une déclaration rendue publique mardi à Kinshasa, plusieurs organisations citoyennes appellent à la tenue d’un dialogue inter congolais véritablement inclusif, tout en exprimant des réserves sur l’approche défendue par le président Félix Tshisekedi.

Les signataires disent avoir pris acte des récentes déclarations du chef de l’État, faites le 31 janvier 2025 devant le corps diplomatique accrédité à Kinshasa, puis réitérées à l’issue de sa visite à Luanda le 9 février, au sujet de sa vision du dialogue national.

S’ils reconnaissent l’urgence d’un tel processus, ils estiment toutefois que certaines conditions posées par le pouvoir risquent d’en compromettre la crédibilité.
“Un dialogue national qui exclut certains Congolais n’en est pas un”

Au cœur de la déclaration, une exigence centrale : aucune exclusion ne doit entacher le processus.

« Un dialogue national qui exclut certains Congolais n’en est pas un », martèlent les organisations.

Elles dénoncent des “conditions restrictives et exclusives” qui, selon elles, pourraient transformer l’initiative en un simple “monologue”, loin des objectifs de solutions durables à la crise sécuritaire, politique et sociale que traverse le pays.

Pour la société civile, écarter une catégorie d’acteurs affaiblirait la cohésion nationale et priverait le processus de légitimité.

« La paix ne se décrète pas : elle se construit avec toutes les parties, dans la sincérité, l’écoute et la confiance », souligne le texte.

Les signataires rappellent par ailleurs que le président de la République est lui-même “l’une des parties prenantes à la crise actuelle”, plaidant ainsi pour un cadre dépassant le seul contrôle institutionnel.

Plaidoyer pour une médiation neutre et crédible

Autre point majeur : la nécessité d’une médiation indépendante et expérimentée.
La société civile propose l’implication d’acteurs jugés crédibles, notamment l’Église du Christ au Congo (ECC), la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), l’Union africaine, ainsi que des représentants de la société civile et des pays disposant d’une expertise reconnue en matière de dialogue national.

Un processus placé sous le contrôle exclusif de l’État, préviennent-ils, risquerait d’être rejeté par les parties exclues, avec pour conséquence un possible durcissement des positions.

Dialogue et justice : deux impératifs complémentaires

La déclaration insiste également sur la nécessité de faire coexister dialogue et justice. Les enquêtes judiciaires en cours ne doivent pas servir de prétexte pour réduire au silence certaines voix, estiment les organisations.

« La réconciliation exige l’écoute de tous, y compris de ceux considérés comme adversaires ou politiquement dérangeants », affirment-elles, appelant à éviter toute instrumentalisation judiciaire dans le cadre du débat national.

Crédibilité du cadre électoral en question

Les signataires soulignent enfin que le dialogue ne peut se tenir sous le contrôle exclusif d’institutions issues d’élections contestées.
Pour être crédible, le processus doit, selon eux, se dérouler dans un environnement “sûr, impartial et reconnu au niveau international”, garantissant la participation libre de chaque Congolais.

Appel à la vigilance citoyenne

En conclusion, la société civile réaffirme son attachement à un dialogue “inclusif, impartial et fondé sur la transparence” et appelle les dirigeants à intégrer pleinement la population, première victime de la crise.

Elle exhorte également le peuple congolais à rester “vigilant, engagé et déterminé” face aux enjeux du moment.

« La voix du peuple congolais ne peut être ni muselée ni confisquée », conclut la déclaration.

Le texte est signé par le Collectif Citoyen Congo 2060, l’AJDDH, le Mouvement citoyen Patriotisme Oblige, le Mouvement Citoyen EKOKI, le Mouvement Citoyen Lucha et ALERTE-RDC.

 

Rédaction

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